Depuis 20 mois, elle est au centre de notre univers. Avec ses airs canaille, ses cheveux blonds, ses petits caprices, elle occupe toutes mes pensées. C'est un privilège d'aîné que d'être pour un temps plus ou moins long le centre unique de l'attention de ses parents.

Mais d'ici quelques petits mois, elle va devoir apprendre à me partager avec sa toute petite soeur, ce tout petit bébé, qui, inévitablement monopolisera une grande partie de mon attention.

 

J'ai peur de lui manquer. Mais aussi, j'ai peur qu'elle me manque. Cette relation qu'on a construite elle et moi, faite de rires, de complicité, je me demande souvent comment elle va évoluer avec l'arrivée de ce deuxième enfant. Nous allons chacune devoir retrouver une place, dans ce petit ballet familial toujours en mouvement.

 

Parfois, depuis que mon ventre s'arrondit, elle a des attitudes de rejet envers moi. Elle se cramponne à son père comme s'il était son pilier, sa sécurité, face à ce changement qu'elle appréhende peut-être. Je lui parle, je lui explique que je l'aimerai toujours autant, que je serai toujours là pour elle. Je sais que je ne dois pas le prendre pour moi, mais je me sens touchée en plein coeur quand elle me repousse. Et puis ce matin, avant de partir en week-end chez ses grands-parents, elle m'a serrée dans ses petits bras et quand je lui ai dit « je t'aime », elle m 'a répondu « ye t'em ».

 

Il y a cette petite fille qui grandit, qui est mon tout envers et contre tout, que j'ai peur de blesser sans le vouloir.

Et il y cette petite vie que je ne connais pas encore bien, qui bouge sous mes mains, pleine de promesses. Qui commence déjà à prendre sa place.

 

 

Mais ne t'en fais pas ma douce, mon coeur est bien assez grand pour deux. Et même si tu m'en veux un peu, mon amour restera là, inébranlable. Moi, ta mère, celle à qui tu manques quand tu t'éloignes, celle qui ne cessera jamais d'aller vers toi.